Je vis une histoire d'amour avec un livre.
Dans quelques heures ou dans quelques jours j'aurais terminé sa lecture. Sans m'en rendre compte, cette histoire aura duré presque trois mois. Certainement la plus longue de mes aventure avec un roman...
Bientôt il ira rejoindre ces autres qui peuplent ma tête et mon coeur. A l'occasion les idées et les histoires qu'il renferme viendront me rejoindre, me rendre visite, elles referont surface pour un instant. Et même si j'oublie les phrases exactes, je me souviendrais que les mots employés m'avaient alors nourrit, me touchant par leur justesse et par leur vérité, si proches de la façon dont je souhaiterais pouvoir m'exprimer.
Dans quelques heures ou dans quelques jours, je vais devoir quitter cet ami, non pas le perdre mais le laisser partir. Et cet ami n'est qu'un objet.
Un auteur dont j'ai déjà parlé écrivait qu'il est difficile d'offrir un livre qu'on aime. C'est vrai. Trouver le bon livre pour la bonne personne.
Bien qu'ayant été écrit par quelqu'un d'autre chacun projette ses histoires, ses rêves, ses attentes au travers d'un récit, jusqu'à ce que celui-ci devienne assez personnel. On ne les lit qu'à travers la résonance qu'ils ont pour soi-même. Celui qui m'a conseillé le livre dont je parle aujourd'hui l'a dévoré, il l'a avalé...
Je l'ai bu à petites gorgées.
Finalment, seule l'expression de notre plaisir à été différente.
Je me suis abandonnée au travers des pages couvertes de cette toute petite écriture. Je l'ai emporté partout, jusqu'à y laisser des musiques quotidiennes.
Au lycée, j'avais eu à faire une fiche de lecture sur "Le Bonheur des Dames" de Zola. Je me souviens encore des heures de lecture au foyer de l'internat, à écouter en boucle une cassette d'Offspring... Pour moi, "Le Bonheur des Dames" ne peut exister sans cette musique et aucune autre ne pourrait mieux accompagner ces femmes du XIXème siècle et leurs chiffons... Aujourd'hui ce sont celles de la revue "Bonheur"qui ont marqué leur présence. Pendant le spectacle (oui, je lis aussi pendant le travail, et alors?) il y a la musique d'un film de Fellini, "La Strada", et je crois qu'elle est rentrée dans le livre. Du moins dans mon association avec le livre. Et c'est moins en décalage qu'Offspring et Zola!
Toujours est-il que ce livre je l'ai lu comme s'il était manuscrit et là encore mon souvenir transformera peu à peu la réalité jusqu'à me convaincre qu'il l'était vraiment.
Je l'ai reçu comme le témoignage qu'il est et à l'endroit où il s'adresse. Les mots ont cheminé le long de mon canal optique, glissé jusqu'à ma conscience avant de couler jusqu'à mon coeur.
J'ai eu l'impression de ressentir ce qui y était décrit.
Je l'ai laissé grandir en moi et vivre en dehors de moi.
Il est arrivé que je ne l'ouvre pas pendant plusieurs jours, sans pour autant le laisser trop loin, parce que ce qu'il avait déchargé à la lecture précédente avait besoin de se décanter dans ma tête. Et lorsque je m'y replongeais c'était pour trouver des mots qui m'ont réconforté et éclairé sur bien des points. Comme s'il y avait des étapes pour suivre le récit.
J'aime les livres vivants. Je ne fais pas attention à eux, ni au matériel en règle générale.
J'ai un exemplaire des "Fleurs Bleues" de Queneau gonflé par l'eau et teinté de rose et de bleu. Du sable crisse encore entre les pages. Mais ces cicatrices font sont caractère. Elles m'aident à me souvenir du lieu et du temps dans lequel j'ai accompagné ce livre.
Je me souviens de ces vacances sans mes parents, du voyage en train avec mon premier amoureux et sa soeur, du camping sur l'île de Ré et du soir où nos affaires avaient été innondées. Je me souviens de la bougie qui avait fait fondre mon baladeur, du barbecue et de la vodka qu'on buvait sans pitié... J'avais 16 ans et je me souviens de l'odeur du fenouil décrite dans le roman, de la péniche qui rapprochait des personnages d'une époque vers une autre et des rêves de papillons...
Cette fois, j'ai corné les pages et celà sans aucune retenue.
J'ai corné les pages où les idées encore embryonnaires devenait si claires.
J'ai corné les pages pour des mots d'amour, de colère, pour revenir sur ces phrases si belles une fois que le tourbillon de l'histoire m'aura emporté jusqu'à sa fin, une fois que je serais échouée sur la dernière page.
J'ai corné certaines pages deux fois, pour le recto et le verso.
J'en ai corné tellement que le coin supérieur à doublé de volume. Et chaque page corné c'est un peu de ma vérité, de ce en quoi je crois, de ce qui me touche qui s'y retrouve coincé.
Ce livre me nourrit et celui qui le lirait après moi me lirait aussi. D'où la difficulté d'offrir un livre car on le charge émotionnellement mais comment savoir s'il en sera de même pour celui qui va le recevoir?
On peut remonter le fil de sa vie et trouver des connexions qui nous éclairent sur ce que l'on est et où l'on est aujourd'hui. On peut choisir de lire sa vie de bien des façons.
A partir du présent vers le passé, il suffit de tirer sur un des fils qui se présente et de le suivre. Ce sont nos histoires personnelles et chacun peut donner l'imporance qu'il veut aux signes qu'il s'est choisi. Tout dépend que de ce que l'on cherche.
Si chaque action est liées à une autre dans le passé, elles ne sont, lorsqu'on les regarde, que des maillons qui nous entraînent vers l'avenir. Comment percevrons nous "aujourd'hui", dans ne serait-ce qu'une semaine?
Si chaque rencontre, réelle ou lue, n'est là que pour nous offrir la possibilité d'une autre rencontre, s'il s'agit simplement de jalons dans nos vies à tous, des noeuds d'un même filet de pêche, alors je remercie celui qui m'a permis de plonger mes yeux, pour de mauvaises raisons, dans le coeur de "Shantaram".

Dans quelques heures ou dans quelques jours j'aurais terminé sa lecture. Sans m'en rendre compte, cette histoire aura duré presque trois mois. Certainement la plus longue de mes aventure avec un roman...
Bientôt il ira rejoindre ces autres qui peuplent ma tête et mon coeur. A l'occasion les idées et les histoires qu'il renferme viendront me rejoindre, me rendre visite, elles referont surface pour un instant. Et même si j'oublie les phrases exactes, je me souviendrais que les mots employés m'avaient alors nourrit, me touchant par leur justesse et par leur vérité, si proches de la façon dont je souhaiterais pouvoir m'exprimer.
Dans quelques heures ou dans quelques jours, je vais devoir quitter cet ami, non pas le perdre mais le laisser partir. Et cet ami n'est qu'un objet.
Un auteur dont j'ai déjà parlé écrivait qu'il est difficile d'offrir un livre qu'on aime. C'est vrai. Trouver le bon livre pour la bonne personne.
Bien qu'ayant été écrit par quelqu'un d'autre chacun projette ses histoires, ses rêves, ses attentes au travers d'un récit, jusqu'à ce que celui-ci devienne assez personnel. On ne les lit qu'à travers la résonance qu'ils ont pour soi-même. Celui qui m'a conseillé le livre dont je parle aujourd'hui l'a dévoré, il l'a avalé...
Je l'ai bu à petites gorgées.
Finalment, seule l'expression de notre plaisir à été différente.
Je me suis abandonnée au travers des pages couvertes de cette toute petite écriture. Je l'ai emporté partout, jusqu'à y laisser des musiques quotidiennes.
Au lycée, j'avais eu à faire une fiche de lecture sur "Le Bonheur des Dames" de Zola. Je me souviens encore des heures de lecture au foyer de l'internat, à écouter en boucle une cassette d'Offspring... Pour moi, "Le Bonheur des Dames" ne peut exister sans cette musique et aucune autre ne pourrait mieux accompagner ces femmes du XIXème siècle et leurs chiffons... Aujourd'hui ce sont celles de la revue "Bonheur"qui ont marqué leur présence. Pendant le spectacle (oui, je lis aussi pendant le travail, et alors?) il y a la musique d'un film de Fellini, "La Strada", et je crois qu'elle est rentrée dans le livre. Du moins dans mon association avec le livre. Et c'est moins en décalage qu'Offspring et Zola!
Toujours est-il que ce livre je l'ai lu comme s'il était manuscrit et là encore mon souvenir transformera peu à peu la réalité jusqu'à me convaincre qu'il l'était vraiment.
Je l'ai reçu comme le témoignage qu'il est et à l'endroit où il s'adresse. Les mots ont cheminé le long de mon canal optique, glissé jusqu'à ma conscience avant de couler jusqu'à mon coeur.
J'ai eu l'impression de ressentir ce qui y était décrit.
Je l'ai laissé grandir en moi et vivre en dehors de moi.
Il est arrivé que je ne l'ouvre pas pendant plusieurs jours, sans pour autant le laisser trop loin, parce que ce qu'il avait déchargé à la lecture précédente avait besoin de se décanter dans ma tête. Et lorsque je m'y replongeais c'était pour trouver des mots qui m'ont réconforté et éclairé sur bien des points. Comme s'il y avait des étapes pour suivre le récit.
J'aime les livres vivants. Je ne fais pas attention à eux, ni au matériel en règle générale.
J'ai un exemplaire des "Fleurs Bleues" de Queneau gonflé par l'eau et teinté de rose et de bleu. Du sable crisse encore entre les pages. Mais ces cicatrices font sont caractère. Elles m'aident à me souvenir du lieu et du temps dans lequel j'ai accompagné ce livre.
Je me souviens de ces vacances sans mes parents, du voyage en train avec mon premier amoureux et sa soeur, du camping sur l'île de Ré et du soir où nos affaires avaient été innondées. Je me souviens de la bougie qui avait fait fondre mon baladeur, du barbecue et de la vodka qu'on buvait sans pitié... J'avais 16 ans et je me souviens de l'odeur du fenouil décrite dans le roman, de la péniche qui rapprochait des personnages d'une époque vers une autre et des rêves de papillons...
Cette fois, j'ai corné les pages et celà sans aucune retenue.
J'ai corné les pages où les idées encore embryonnaires devenait si claires.
J'ai corné les pages pour des mots d'amour, de colère, pour revenir sur ces phrases si belles une fois que le tourbillon de l'histoire m'aura emporté jusqu'à sa fin, une fois que je serais échouée sur la dernière page.
J'ai corné certaines pages deux fois, pour le recto et le verso.
J'en ai corné tellement que le coin supérieur à doublé de volume. Et chaque page corné c'est un peu de ma vérité, de ce en quoi je crois, de ce qui me touche qui s'y retrouve coincé.
Ce livre me nourrit et celui qui le lirait après moi me lirait aussi. D'où la difficulté d'offrir un livre car on le charge émotionnellement mais comment savoir s'il en sera de même pour celui qui va le recevoir?
On peut remonter le fil de sa vie et trouver des connexions qui nous éclairent sur ce que l'on est et où l'on est aujourd'hui. On peut choisir de lire sa vie de bien des façons.
A partir du présent vers le passé, il suffit de tirer sur un des fils qui se présente et de le suivre. Ce sont nos histoires personnelles et chacun peut donner l'imporance qu'il veut aux signes qu'il s'est choisi. Tout dépend que de ce que l'on cherche.
Si chaque action est liées à une autre dans le passé, elles ne sont, lorsqu'on les regarde, que des maillons qui nous entraînent vers l'avenir. Comment percevrons nous "aujourd'hui", dans ne serait-ce qu'une semaine?
Si chaque rencontre, réelle ou lue, n'est là que pour nous offrir la possibilité d'une autre rencontre, s'il s'agit simplement de jalons dans nos vies à tous, des noeuds d'un même filet de pêche, alors je remercie celui qui m'a permis de plonger mes yeux, pour de mauvaises raisons, dans le coeur de "Shantaram".

Moi j'aime bien lire des livres d'occas ou prêtés par des amis ou connaissances. Justement pour les pages cornées ou les quelques mots soulignés. Quand j'en trouve, je m'attarde dessus si je n'ai pas eu la même sensibilité et cherche pourquoi. Quelque fois je ne trouve pas cependant il m'est arrivé d'avoir des surprises... On a l'impression de philosopher avec quelqu'un qu'on n'a jamais vu.
RépondreSupprimerPas besoin d'internet pour avoir des amis virtuels!
Fetnat.
Hi Fetnat!
RépondreSupprimerPour le coup tu peux le trouver chez Gilbert, le mien est beaucoup trop abîmé : les premières pages sont soulignées dans tous les sens et les autres sont cornés par dizaines!
Mais attention si tu plonges dans les méandres du bidonville, pas sure que tu en ressortes indemne! Te sens-tu prête?