J'aimais la parcourir avec ma vieille bicyclette bleue, son panier défoncé tressautant à cause des pavés... J'aimais y flâner tête en l'air, m'attarder sur ses briques variant du roux au rouge, du brun à l'orangé... J'aimais passer la main sur ses murs rongés par le temps, repérer les squelettes de ciment révélés par la pluie et le vent, chercher les cicatrices laissées sur les façades par d'anciennes arches ou fenêtres... J'aimais aussi ses autres couleurs, ses persiennes bleues ou jaunes, ses rambardes en fer forgé violettes, ses plantes vertes qui dégoulinent des balcons en cascades... J'aimais toutes ses ruelles où je ne sais plus me perdre.
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J'aimais ses marchés.
Les dimanches matin lève tôt à St Aubin avec ses petits artisans et ses commerçants bio recroquevillés autour de l'église comme dans les villages. J'aimais croiser des visages connus et aller prendre un thé à la menthe en terrasse avec eux et écouter des concerts improvisés.
Et les dimanches matin lève tard aux Carmes. Rôder dans les halles couvertes et observer les cochons de lait suspendus à leurs crochets, les légumes bien alignés dans leur cercueils en osiers, apprécier la présentation des pâtés, fois gras et fromages frais avec leurs branches de persil pour faire joli, finalement ne rien acheter et prendre un café-croissant au Bar du Matin.
Aller le lundi matin Boulevard Sébastopol et me souvenir à deux rues qu'il n'y a aucun marché le lundi. Faire demi tour, acheter du pain au figues dans ma boulangerie préférée, revenir le lendemain. Rêver sur les produits des ostréiculteurs et regarder les fleurs à côté. Traverser la longue allée d'étalages surmontés de bâches en plastique coloré, les trétaux soutenant les montagnes de pamplemousses, les pyramides de bétraves, salades, carottes... Choisir soi-même les légumes à mettre dans les petites cuvettes en plastique et lutter pour capter l'attention du maraîcher, me remplir du déluge de couleurs et d'odeurs, charger mon panier de fruits frais... Plus loin hésiter entre Goudat aux orties et Rocamadour, volaille rôtie et crevettes roses pour finalement prendre des zitounes (olives), un saucisson sec aux noisettes et une boule de pain pour un pique-nique au bord du fleuve.
Le mercredi éviter le marché à touristes sur la place du Capitole.
Parfois, mais rarement, aller chercher un en-cas aux halles Victor Hugo, trop bobo...
Attendre le samedi avec impatience, acheter de la coriandre et de la menthe aux vendeurs à la sauvette plutôt que du tabac, chiner aux puces de St Sernin et rapporter des merveilles telles qu'une petite cuillère en argent, une cafetière à l'italienne ou un sac de boutons...
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J'aimais la gentillesse des commerçants qui te rendent la monnaie "avec plaisir", les librairies qui sentent bon l'encre et le papier, les friperies pleines de trésors et qui font regretter de ne pas avoir plus souvent l'occasion de créer des personnages, La Mucca gentille petite papeterie aussi agréable qu'un magasin de bonbons, Idée en Tête pour un chapeau, Le Palais du Thé ou Le Palais de la Bière selon si l'invitation vient d'une femme ou d'un homme, Le Volcan pour découvrir et offrir des vins surprenants, la boutique du Hamac, celle de Vinyls, les Chocolatiers de Bayonne ou d'ailleurs, la mercerie Cousette et Cie, les biocoop Grandeur Nature 1 et Grandeur Nature 2, les rues Filatiers-St Rome-Taur tellement plus agréable la nuit...
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J'aimais ses cinémas d'arts et d'essais, là où "il faut lire", là où il n'y a pas toujours assez d'argent pour faire fonctionner la clim mais où l'on vient souvent parce que les billets ne coutent presque rien, là où l'on entend parfois le ronronnement du projecteur et où le fracas des explosions hollywoodiennes sont tenues à l'ecarts derrière des barricades faites de livres, là où l'on peut voir un western spaghetti, un film japonais expérimental, un documentaire sur la migration subtropicale des tortues bleues à raies jaunes et un film quasi-muet mongol dans la même journée... J'aimais l'Utopia et L'ABC pour leurs films pleins de poésie, d'humanité, d'humour ou de revendications... J'aimais ces cinémas parce que se sont des lieux plein de vie(s) et parce que s'il y avait du pop-corn se ne serait pas une machine qui le servirait...
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Après avoir eu trop chaud en regardant un film Lapon, j'aimais me ruer au Sorbet d'Amour pour me rafraîchir d'une glace au chocolat ou d'un sorbet à la rhubarbe...
J'aimais les terrasses ensoleillées disséminées à travers la ville : prendre un thé place St Georges, un Chocolat épais place ??????????, un Perrier-tranche au Café des Artistes place de la Daurade, un Demi à la Couleur de la Culotte ou Chez Tonton place St Pierre, un verre de vin chaud devant la cheminée à La Maison, écouter de la musique occitane à l'Estanquet et trinquer sans raisons au Bar de la Lune, au Ver Luisant, au Nain Jaune, au Thermes (seulement après le boulot!), au Boudup' au bout du pont, passer sans m'arrêter devant le Filochard à l'autre bout du pont, prendre une coupe de champagne au Beaucoup ou un café à 40cts à la terrasse du TNT, un rhum à la Cale Sèche, gouter des bières à la Tireuse, trainer un peu du côté d'Arnaud Bernard et ailleurs aussi...
J'aimais aussi ses petits restaurants, le Feu de l'Amour et sa dinette le mercredi, le Bar Bu et ses souplettes en entrée, la Gouaille et la Petite Gouaille, le Bruit qui Court, les (nan-)kébabs rue de la Colombette, le Chat Perché, la Cantine du Curé, Chez Georges, Sushiyama place de la Bourse, le Bonheur est dans le Pré, le Gallery, Arum Café rue st Antoine du T, le Vasco de Gama et ses tapas, le resto Bolivien dont-je-ne-me-souviens-jamais-le-nom, et tous ceux où le pilotage automatique de mes papilles savait me mener sans avoir à les nommer... Couscous-boulette, végétarien ou trad', y'a qu'à demander!
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En vrac, j'aimais le TNT, le musée des Abattoirs, le jardin Henri IV et son manège en bois, la galerie de la Halle aux Poissons rue de la Garonnette, ma maisonnette et les chants des oiseaux, la prairie des filtres et les Circassiens du Lido, bouquiner adossée contre les murs de briques chauffés au soleil, regarder les éclairages changer de couleur sous les ponts, écouter les concerts du festival Rio Loco sur la berge opposée, suivre les processions de gens habillés en rouge et noir après un match de rugby et écouter leurs commentaires, chercher des yeux les vélos au fond du fleuve, rentrer à vélo et éviter le fleuve, assister aux soirées contes à l'école des Beaux Arts et rêver d'y prendre la parole, être seule et regarder la brume au dessus de l'eau tôt le matin en hiver, participer au bordel dans les rues le soir de la fête de la musique, m'échapper pour quelques jours dans l'Aveyron ou le Tarn, sentir les semelles de mes tongs fondre sur le goudron des ponts en été et me demander si j'arriverais de l'autre côté avant d'avoir une insolation, entrendre encore le son de la guimbarde à la Cave Poésie, l'accens chantant des gens et les mots de patois, la forme des tuiles, les pancartes chez le potier rue Pargaminière, regarder les avirons et me dire qu'un jour je m'y remettrais...
bretagne
Il y a 7 ans

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