Il a quand même réussi à définir la première étape de ce grand changement qui l'attend : il doit se débarrasser de ses chaînes matérielles afin de se sentir libre.
Bob a donc soldé ses comptes et envoyé sa lettre de démission.
Il occupait un poste de gardien de château, un job plaisant et pas trop prenant.
Pendant toute une année, Bob a erré dans les couloirs et les souterrains, visité les nombreuses pièces en enfilades avec miroirs rococo et chandeliers moyenâgeux, prit des bains dans des baignoires en porcelaine où de la mousse de lait coule directement des robinets dorés...
Il s'est régalé des petits plats que sa voisine Jannette mijotait pour lui dans les casseroles en cuivre de la grande cuisine... Soupe de courgettes au persil & chèvre frais, tarte aux oignons & roquefort et îles flottantes lui manquent déjà...
Bob s'est occupé des jardins, a fouiné dans les greniers à la recherche de cartes et de coffres, découvert des merveilles cachées dans les armoires des chambres et essayé de nombreux costumes oubliés.
Parfois Jannette et son ami Pierre venaient lui rendre visite et ensemble ils passaient de folles soirées à se déguiser, à se griser de vins fins bus dans des coupes en plastique et à s'imaginer être dans la Cour du Roi... ou pas loin.
Mais Bob sait qu'il doit quitter tout ça.
Après avoir longtemps hésité, il s'est rendu à l'évidence : il doit aussi se séparer de ses amis les plus proches...
Joanne, René, Raymond, Daniel et les jumeaux Régis et Boris ne peuvent pas l'accompagner.
Pour leur annoncer en douceur, Bob a prévu une fête : de beaux adieux à la hauteur de leur silencieuse amitiée.
Il a accroché une guirlande de noël un peu pelée et mis des cacahouètes dans un bol. Debout devant le trône principal du château, Bob est digne, mais tous autour ont l'oeil humide.
Pour l'occasion il a revettu son plus beau costume. Il l'a depuis des années.
Bon ok, il est élimé aux coudes, le pantalon le serre un peu plus qu'avant et l'épée est rafistolée avec du gaffeur mais son grand chapeau et son beau lasso sont comme au premier jour!
Dans l'ensemble il a fière allure, du moins c'est ce que sa mère lui a toujours dit ("- T'y es beau mon fils! T'y es mon Zoro!").
Pour égailler une situation qui pourrait vite devenir mortelle, Bob a mis un vieux vinyl sur le gramophone. Il sait que le 45 tours des Jackson Five passé en 78 tours raisonnera dans les haumes de la salle des armures. Il espère que cette nouvelle version de "Never can say goodbye" les aidera à se détendre.
Le moment des adieux approche.
Bob accroupi devant le trône sussure des mots d'encouragement à ses amis.
Le chemin sera long pour eux aussi. Il faudra tenir bon, rester proche au maximum, surnager autant que possible...
Bob a un regard ému pour chacun, il se souvient de la 1ère bulle de René, il était si petit à la naissance, si bleu... Et les jumeaux qui n'arrêtaient pas de le taquiner, toujours à lui tourner autour avec leur pyjamas à rayures oranges,noires et blanches, de vrais clowns! Et leur mère, la douce Joanne, qui ne les grondait jamais mais qui aurait été si bonne avec du citron... Et Daniel, avec ses yeux globuleux, qui avait eu si peur des protubérances sur la tête de Raymond...
Tant de souvenirs...
Mais Bob, fidèle à lui même et sûr du bienfondé de sa décision, ne peut plus rien pour ses amis. Ils devront se débrouiller par eux même.
Bob a le coeur brisé, c'est un peu sa famille qu'il abandonne.
Il ouvre la lunette, prend ses amis un à un entre ses mains tremblantes, et les lâche dans le trou béant de leur prochaine aventure.
" - Adieu fidèles compagnons, nous nous reverrons peut-être de l'autre côté de l'atlantique."
Au moment ou il tire la chaîne de la chasse au dessus de sa tête, le diamant du gramophone s'engage dans un sillon rayé, faisant répéter en boucle au pauvre Mickaël "- No, no, no, no, I never can say goodbyeNo, no, no, no, I never can say goodbyeNo, no, no, no, I never can say goodbye..."
Bob quitte la salle du trône en se mouchant dans son bandeau. Il trouve le monde bien cruel mais surtout il se demande ce que Jannette a bien pu préparer pour le dîner.

Bob a donc soldé ses comptes et envoyé sa lettre de démission.
Il occupait un poste de gardien de château, un job plaisant et pas trop prenant.
Pendant toute une année, Bob a erré dans les couloirs et les souterrains, visité les nombreuses pièces en enfilades avec miroirs rococo et chandeliers moyenâgeux, prit des bains dans des baignoires en porcelaine où de la mousse de lait coule directement des robinets dorés...
Il s'est régalé des petits plats que sa voisine Jannette mijotait pour lui dans les casseroles en cuivre de la grande cuisine... Soupe de courgettes au persil & chèvre frais, tarte aux oignons & roquefort et îles flottantes lui manquent déjà...
Bob s'est occupé des jardins, a fouiné dans les greniers à la recherche de cartes et de coffres, découvert des merveilles cachées dans les armoires des chambres et essayé de nombreux costumes oubliés.
Parfois Jannette et son ami Pierre venaient lui rendre visite et ensemble ils passaient de folles soirées à se déguiser, à se griser de vins fins bus dans des coupes en plastique et à s'imaginer être dans la Cour du Roi... ou pas loin.
Mais Bob sait qu'il doit quitter tout ça.
Après avoir longtemps hésité, il s'est rendu à l'évidence : il doit aussi se séparer de ses amis les plus proches...
Joanne, René, Raymond, Daniel et les jumeaux Régis et Boris ne peuvent pas l'accompagner.
Pour leur annoncer en douceur, Bob a prévu une fête : de beaux adieux à la hauteur de leur silencieuse amitiée.
Il a accroché une guirlande de noël un peu pelée et mis des cacahouètes dans un bol. Debout devant le trône principal du château, Bob est digne, mais tous autour ont l'oeil humide.
Pour l'occasion il a revettu son plus beau costume. Il l'a depuis des années.
Bon ok, il est élimé aux coudes, le pantalon le serre un peu plus qu'avant et l'épée est rafistolée avec du gaffeur mais son grand chapeau et son beau lasso sont comme au premier jour!
Dans l'ensemble il a fière allure, du moins c'est ce que sa mère lui a toujours dit ("- T'y es beau mon fils! T'y es mon Zoro!").
Pour égailler une situation qui pourrait vite devenir mortelle, Bob a mis un vieux vinyl sur le gramophone. Il sait que le 45 tours des Jackson Five passé en 78 tours raisonnera dans les haumes de la salle des armures. Il espère que cette nouvelle version de "Never can say goodbye" les aidera à se détendre.
Le moment des adieux approche.
Bob accroupi devant le trône sussure des mots d'encouragement à ses amis.
Le chemin sera long pour eux aussi. Il faudra tenir bon, rester proche au maximum, surnager autant que possible...
Bob a un regard ému pour chacun, il se souvient de la 1ère bulle de René, il était si petit à la naissance, si bleu... Et les jumeaux qui n'arrêtaient pas de le taquiner, toujours à lui tourner autour avec leur pyjamas à rayures oranges,noires et blanches, de vrais clowns! Et leur mère, la douce Joanne, qui ne les grondait jamais mais qui aurait été si bonne avec du citron... Et Daniel, avec ses yeux globuleux, qui avait eu si peur des protubérances sur la tête de Raymond...
Tant de souvenirs...
Mais Bob, fidèle à lui même et sûr du bienfondé de sa décision, ne peut plus rien pour ses amis. Ils devront se débrouiller par eux même.
Bob a le coeur brisé, c'est un peu sa famille qu'il abandonne.
Il ouvre la lunette, prend ses amis un à un entre ses mains tremblantes, et les lâche dans le trou béant de leur prochaine aventure.
" - Adieu fidèles compagnons, nous nous reverrons peut-être de l'autre côté de l'atlantique."
Au moment ou il tire la chaîne de la chasse au dessus de sa tête, le diamant du gramophone s'engage dans un sillon rayé, faisant répéter en boucle au pauvre Mickaël "- No, no, no, no, I never can say goodbyeNo, no, no, no, I never can say goodbyeNo, no, no, no, I never can say goodbye..."
Bob quitte la salle du trône en se mouchant dans son bandeau. Il trouve le monde bien cruel mais surtout il se demande ce que Jannette a bien pu préparer pour le dîner.

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